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Rénovation urbaine
à Trappes (2008)
Trappes en Finistère. Sur le pont Cachin, offerte au regard des automobilistes qui traversent la ville par la N10, une banderole annonce que des élections aux comités de quartier de Trappes auront lieu en novembre. Cet endroit saugrenu sert de panneau d'affichage géant à la mairie, occasionnellement. Le procédé permet aussi sans doute de rappeler notre maire au bon souvenir des militants socialistes des Yvelines, en prévision des sénatoriales partielles de 2010. "Regardez comme j'en fait des tonnes dans Ma ville !", semble clamer l'étandard géant élevé... Il se peut aussi que Malandain se serve du pont pour y "punaiser" ses pense-bêtes personnels, puisqu’il passe dessous tous les jours pour rentrer chez lui par la nationale, là-bas, loin de Trappes. Un peu comme nous avec nos magnets sur le frigo... En tout cas, on comprend sans peine que la mairie s’inquiète de la participation à ce scrutin de second ordre. Quand on sait que la "majorité" locale n’a été élue en mars 2008 que par un quart des électeurs inscrits, on se dit qu’elle peut redouter le pire. Et la précédente élection des comités, il y a deux ans, avait été un tel fiasco que les chiffres de la participation étaient restés soigneusement planqués dans un sombre placard municipal. Notre maire accorde une importance capitale à notre avis sur "ses" grands travaux chez nous. La preuve ? C'est écrit dans les documents cadres des contrats passés entre la ville et l’Etat pour la période 2007 - 2008. Il faut dire que la participation des habitants est une "figure imposée" du cahier des charges pour l’obtention de subventions dans le cadre du renouvellement urbain, comme pour tous les dispositifs de la Politique de la Ville. Pas d'participation, pas d'pognon ! Elle est donc prévue dans le contrat de cohésion sociale de Trappes, familièrement appelé "CUCS", qu'on peut se procurer sur le site du secrétariat d'Etat à la Ville. La lecture de ce document est très instructive, même si le jargon dont il est composé s'avère rapidement crispant. On aurait volontiers essayé ici de faire une petite analyse des programmes et projets qu’il présente. On avait même commencé mais, par hasard, un petit exercice de comparaison avec d’autres villes – le benchmarking est à la mode – a révélé un fait étrange : le document présente de troublantes similitudes avec celui de... Brest ! On le trouve sur le site de la mairie concernée. On a donc creusé un peu de ce côté-là. D’abord, le jargon est rigoureusement le même, mot pour mot. Mais on pouvait s’y attendre : c’est le "milieu" du développement social qui veut ça... Ceci dit, on ne s'y habitue pas. Ça surprend toujours, ce mélange de colonialisme rationaliste dans la grande tradition saint-simonienne, et de prêchi-prêcha à la mode des Pères Blancs. Pour savoir ce que ça donnerait avec le son, imaginez-vous le croassement d'une grenouille de bénitier qui aurait fait l'Ecole des Ponts et Chaussées... Parfois, le bla-bla ne veut manifestement rien dire du tout. Mais pour palper les tunes, il faut pisser de la copie ! Le nombre de pages, ça compte aussi... Ensuite, on retrouve des "priorités" ou "préconisations" identiques dans les deux textes. C’est déjà plus inquiétant, parce que ça relativise le caractère singulier de la politique menée ici, et donc fatalement sa portée : la fameuse politique urbaine et sociale de Malandain, finalement, c'est la politique de tout le monde. Dans le tableau qui suit, jouez à retrouver les "similitudes" :
Bon, jusque là, rien de dramatique ! Du reste, si vous avez lu le texte de l'architecte Jade Tabet que Trappes en ligne vous a proposé en mai dernier, vous n'êtes pas surpris. A propos de la concertation dans les programmes de requalification urbaine, J. Tabet remarquait : "Cette procédure immuable, qui s’apparente presque à un rituel, vise à assurer l’adéquation du projet aux besoins des habitants et des usagers. Une première constatation nous permet cependant de mesurer l’efficacité réelle de ce type de procédure par rapport à l’objectif avoué : l’examen d’un échantillon de rapports de présentation se rapportant à des ensembles urbains aussi différents que les HBM de la petite ceinture, les grands ensembles des années 50 ou les constructions sur dalles des années 60, montre une similitude troublante dans la définition des problèmes, l’appréciation des dysfonctionnements et les solutions proposées pour y remédier. Cette indifférenciation par rapport à la diversité des situations n’indique-t-elle pas une tendance à la globalisation des problèmes et un manque d’attention à la spécificité des conditions particulières à chacun des cas étudiés ?" Mais entre le CUCS de Trappes et celui de Brest, ce n'est pas seulement de similitude qu'il s'agit. C'est de copier-coller pur et simple. Et cela concerne aussi... le diagnostic territorial ! Pourtant, on nous annonce du sur-mesure, du cousu main, et élaboré avec l'aide et la participation active de partenaires choisis, s'il vous plait : "Le contrat urbain de cohésion sociale de Trappes s'adosse à un diagnostic établi par les partenaires institutionnels (services déconcentrés de l'Etat, Conseil Général, CASQY, bailleurs, notamment) et associatifs locaux. Ces partenaires ont pu partager les données dont ils disposent au cours de réunions thématiques ("habitat et cadre de vie"; "éducation, santé et citoyenneté"; "emploi, insertion, développement économique") organisées dans la phase préliminaire à l'élaboration du présent contrat. Ils ont ainsi pu préciser, ensemble, les objectifs à atteindre, assortis d'indicateurs permettant de définir les actions au service de ces objectifs. L'analyse de ces données, quantitatives et qualitatives, constitue le socle du diagnostic local et fait apparaître les forces et faiblesses de la commune." Le résultat ? Jugez plutôt :
On connaissait les liens qui unissent Trappes et une partie de sa population à la Bretagne, mais on n'imaginait pas que la marque celte était si profondément imprimée dans la ville, au point qu'on puisse la confondre avec Brest ! Si au moins ça pouvait nous amener la mer à Trappes... Cherchez bien dans les textes, vous trouverez d'autres "ressemblances". Vous croyez toujours, après avoir lu ça, que la politique menée à Trappes par Malandain et sa "majorité" est mitonnée aux petits oignons tout exprès pour vous ? Vous pensez encore que votre avis est respecté et qu'il peut intéresser quelqu'un dans cette mairie ? Si oui, alors élisez des représentants aux comités de quartier de Malandain en novembre. Mais si vous avez des remarques constructives à faire concernant le renouvellement urbain dans votre quartier, vous pouvez tout aussi utilement en faire part directement au maire... de Brest ! Le 18 septembre 2008. L'architecture de la peur - 2 Continuons sur la lancée de la critique des modèles urbains et sociaux petits-bourgeois qui plaisent tant à nos élus de la supposée gauche trappiste ! Plus bas, on vous invitait à lire un article de l'architecte Jade Tabet sur "l'architecture de la peur". Aujourd'hui, on vous propose de jeter un œuil à une contribution de Jean-Philippe Godin, architecte lui aussi, pour la revue en ligne Préfigurations : "LA RESIDENTIALISATION OU COMMENT UN GRAND CHEZ TOUT LE MONDE DEVIENT UN PETIT CHEZ D'AUTRES, MAIS QUE L'ON CONNAIT CEUX-LA !" Une fois de plus, vous pourrez reconnaître le bla-bla technico-sociologique qu'on nous sert à longueur de journal municipal et autre exposition sur la N10, appliqué à d'autres projets. On finit par penser que tous ces dossiers qui sont censés avoir été cousus à la main sont en réalité du prêt-à-porter très bas de gamme. Faites un tour dans l'univers merveilleux de la "résidentialisation", ce petit monde de pseudo techniciens pour qui copier-coller c'est travailler, où concertation et personnalisation ne sont que des mots destinés à vous enfumer, et dans lequel vous n'êtes personne. Le 1er juin 2008. Un train de retard. "Il n'y a pas d'hésitation à avoir : il faut donner à Trappes-en-Yvelines un véritable centre ville...". Ainsi Guy Malandain introduit-il son édito de mai dans sa feuille municipale, en même temps que la présentation du projet de plateau urbain sur la N10 qui fait l'objet d'une exposition en mairie. L'ambition est claire : un véritable centre ville, mais pas pour Trappes, non. Pour "Trappes en Yvelines", la ville imaginaire, la ville rêvée qui doit remplacer la nôtre. Depuis trente ans, Trappes s'en est donné un toute seule, de centre ville. C'est la vie qui l'a dessiné, au gré des activités des habitants. Au coeur du quartier des Merisiers, ce centre réel a peu à peu remplacé le centre historique qui était articulé autour du triptyque classique et séculaire église / mairie / gare (la gendarmerie a disparu depuis longtemps). En mettant les aménagements urbains futurs en perspective, on aurait pu prendre acte de cette évolution, et l'accompagner. Non. On a préféré revenir en arrière et tirer un trait sur des décennies de transformations sociales, pour tenter de ramener le centre de nos activités autour de la mairie et de l'église. Le centre des Merisiers, on le déconstruira méthodiquement. Bien sûr qu'il faut couvrir la N10, et pas seulement devant la mairie. Bien sûr qu'il faut relier les deux parties de la ville. Mais pourquoi recréer un centre là où il n'existe plus ? Pourquoi poursuivre la politique de marginalisation du quartier des Merisiers en tentant de le rendre "résidentiel", alors qu'il grouillait d'activité jusqu'à maintenant ? Vous avez remarqué comme c'est mort, les Merisiers le soir, depuis quelques temps ? Petit à petit, Trappes commence à ressembler à une ville des Yvelines, effectivement... Mais qu'est-ce qui n'allait donc pas, avant, aux Merisiers ? C'était trop vivant, sans doute, pour nos barbons d'élus, qui n'auront de cesse que lorsque Trappes sera aussi sinistre, impersonnelle et silencieuse que les villes qu'ils habitent : Auffargis ou Guyancourt. Cette énergie, ce dynamisme, ça doit tenir aux gens d'ici. On va finir par croire que nos élus ne les aiment pas. Ne nous aiment pas... Guy Malandain veut recentrer la ville sur les quartiers dont l'électorat lui ressemble. Pour y arriver, on créera des axes transversaux à la N10 sur le plateau urbain. En y regardant de plus près, on se dit que ça pourrait bien refaire de Trappes une ville-rue d'ici quelques années ! Imaginez ce que sera la voie allant d'Elancourt à Voisins en passant par la Plaine de Neauphle et le centre de Trappes débarrassé du pont Cachin : une traversante rapide pour la moitié de Saint-Quentin en Yvelines ! Un couloir express entre le nord-ouest de l'agglomération et le sud-est. Pour la protection des riverains, on verra bien... Pour ce qui est des transports, on constate qu'il n'est toujours pas question à trappes de réseau cyclable. Et le magazine municipal nous présente l'aménagement des lignes 417 existantes comme un projet... La gare sera mieux desservie ? Sans doute. Mais les services de la SNCF se dégradent depuis plusieurs années, sans que les élus locaux s'en soucient. On l'a bien vu lors de la concertation organisée par la Commission nationale du débat sur le prolongement de l'A12 : la seule chose qui les intéresse, c'est la circulation routière. Le projet urbain de Trappes est d'ailleurs articulé autour de la circulation automobile qu'il contribue à développer au détriment des autres formes de déplacement. Le 18 mai 2008.
Prenez le problème de l'évolution urbaine autour de Paris en général, et à Trappes en particulier. Cet urbanisme petit bourgeois qui hérisse nos villes de grilles, de grillages et de barrière à perte de vue, ce serait ça, alors, le progrès social ? Ceux qui osent critiquer la sainte érection de poteaux et piquets qui nous tient lieu depuis une dizaine d'années de politique urbaine passent pour des malades ou des extraterrestres. Il en va des tendances en matière d'urbanisme comme de toutes les modes : on ne peut pas y échapper. C'est tellement naturel que ça ne souffre même pas le doute. Un peu comme l'allongement de la durée du travail pour financer les retraites, la transsubstantiation de l'hostie et du vin en corps et sang du Christ ou la vénération de l'oeuvre artistique de Johnny Hallyday... C'est un dogme. Et puis un jour, au détour d'une onde radiophonique ou d'un clic de souris, on découvre qu'on n'est pas seul, que d'autres, ailleurs, ont eu aussi des pensées "sacrilèges" et mettent des mots sur les concepts qu'on tentait maladroitement de formaliser dans son coin. On fait ainsi des découvertes qui confinent à la révélation... Vous trouverez ici une chanson, à écouter en boucle au casque, qui concerne les chanteurs inoxydables et garantis 50 ans. Là, c'est d'urbanisme qu'il s'agit, sous la plume de l'architecte Jade Tabet pour la revue "Les Annales de la recherche urbaine". L'auteur a décrypté pour nous, en 1998, les discours et les pratiques en vogue dans les opérations de requalification urbaine. On apprend que des auteurs américains ont donné un nom , il y a trente ans, au style architectural que nous voyons mis en oeuvre à Trappes depuis 10 ans : l'architecture de la peur... On reviendra bientôt confronter les projets urbains de la municipalité malandainiste à la grille de lecture des opérations de résidentialisation proposée par Jade Tabet. Le 5 mai 2008. |
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