Le 11ème commandement.

"Tu ne passeras pas par là !". Tel semble être le leit motiv de ce début de 21ème siècle.  Alors que le 20ème avait vu tomber le mur de la honte à Berlin, on rebâtit allègrement aujourd'hui des lignes de démarquation déshonorantes pour leurs architectes : en Palestine pour séparer arabes et juifs, au Texas pour arrêter les migrants mexicains, à Ceuta pour faire barrage aux tentatives d'immigration africaine vers l'Europe.

Mais c'est en France, dans nos banlieues rénovées, que le concept du "chacun chez soi" a trouvé son aboutissement, avec la séparation de tous d'avec tous, le nationalisme à l'échelle du pâté de maison, la parcellisation ultime : la "résidentialisation".

Bien sûr, le séparateur utilisé est moins brutal qu'un mur en béton de huit mètres de haut, et il est bien plus élégant. Vous aurez reconnu le très joli grillage vert qui pousse en ville comme le chiendent sur une ZAC en friche. Il faudrait mesurer exactement la longueur qu'on  en a posé depuis cinq ans, mais c'est de toute façon impressionnant ! Des kilomètres, sûrement ! Vous aurez aussi remarqué que, si nos pelouses ne sont gardées que par de frèles grillages, les voitures, nos chères vaches sacrées, ont droit à de solides barreaux terminés par des pointes menaçantes. Bref, chez nous, ça commence à sentir bon la "France de propriétaires" tant voulue par le Président Sarkozy et ses électeurs.

On pourra toujours nous expliquer que les habitants sont pour, et en redemandent lors des réunions de concertation, mais on sait parfaitement que les programmes de résidentialisation ont été élaborés avant même la création des "comités de quartier" ou de "suivi"... Comités qui, du reste, ne semblent pas briller par leur représentativité. Au fait : on ne connait toujours pas le résultat des dernières "cooptations" organisées par la mairie il y a presque un an...

On pourra aussi nous servir la rengaine sarkozyste de "l'insécurité-et-des-nuisances-qui-frappent-d'abord-les-plus-faibles-d'entre-nous". On y prêtera attention quand ceux, élus ou techniciens,  qui théorisent les bienfaits du séparatisme intégral, viendront habiter les quartiers qu'ils quadrillent si élégamment !

Car heureusement, il existe un territoire de la République encore sauvage, où le citoyen candidat peut encore faire divaguer ses fidèles toutous sans avoir à contourner des barrières infranchissables. Ce lieu de grande liberté, c'est la liste électorale, plus accueillante pour ceux de l'extérieur que la zone Schengen ou les squares de la SAREPA.

Le 23 septembre 2007